Depuis une grosse dizaine d’années, la course à pied, pardon le running s’est démocratisé. Aujourd’hui de plus en plus on voit arriver des coureurs, pardon des runners pour qui l’assiduité est synonyme de contrainte, pour qui le chrono est secondaire voire inutile, et pour qui le seul mot d’ordre est PLAISIR.

 Il y a encore quelques années la discipline était réservée et prisée par des initiés passionnés et assidus qui tapaient le footing et les séances 3 à 4 fois par semaine pour parvenir à leurs objectifs.

Alors vous me pardonnerez, mais qu’entend-on par plaisir pour les runners ?

LE RUNNING 0 CONTRAINTES !

Des entrainements, ou plutôt des sorties sans réel but ou durée, en fonction des conditions climatiques et du parcours (pas trop chaud, pas trop froid, pas trop de pluie, pas trop de côté, pas trop de boue..) Qui ne s’insère dans aucun planning, avec pour seul but de partager un moment ensemble. Partager ! À l’heure des réseaux sociaux et de l’exposition permanente via insta interposé aller runner entre copains pour claquer son selfie, partager son strava, poster sa capture garmin est de mise. Pas de pression avec le chrono, mais on l’affiche quand même. Allez je vous donne un exemple.

Sortie peppouze avec les copains 10km 1h28 136 de D+ #nopainnogain

Et les copains de la communauté de répondre

 « trop fort smiley, cœur cœur, petits bras musclés »

LE FRACTIO… QUOI .

On pourrait déduire qu’aller s’envoyer une séance de fractionné avec les copains de club ne procurerait aucun plaisir ni aucune satisfaction du travail accompli. Curieux raisonnement. On notera également que le runners n’inclut pas le paramètre d’une éventuelle déception.

LE RUNNING VICTIME DE LA MODE ?

Bon passons, c’est vrai que du coup nous avons de plus en plus de pratiquants d’activité physique, fussent-ils bariolés et équipés comme des porte-avions. Victimes d’un mercantilisme exacerbé de la part des marques qui ont bien senti le filon. Du dernier sac d’hydratation, à la dernière paire de godasses portée par Kilian en passant par la dernière montre tendance qui fait tout, même le café (oui parce que le runner se contrefout du chrono, mais il faut un modèle compatible Strava pour partager sa performance, faut pas déconner non plus !)

DOCTISSIMO DU RUNNER

De plus en plus on voit sur les réseaux des coureurs inscrits de longue date à une course et qui, blessés demandent conseils outrepassant le médecin qui leur préconise du repos.

« J’ai un trail 65 km avec 3000m de déniv dans 10 jours et une entorse du genou (photo à l‘appui), mon médecin me préconise 4 à 6 semaines de repos. À votre avis que puis-je faire pour pouvoir au moins prendre le départ ? Parce que ça fait trop longtemps que j’attends pour le faire ce trail. #petitsyeuxencoeur

Et les copains de bons conseils de commenter :

 » j’ai fini un ultra avec une entorse de la cheville sous dafalgan et doliprane, ça l’a fait !  » 

Avec un copain comme ça, pas besoin d’ennemis !!!!

LE RUNNING SCHIZOPHRÈNIE PÉDESTRE ?

Seulement voilà, à un moment un antagonisme latent paraît, c’est le décalage entre l’absence de contraintes dans la pratique et le fait de se fixer des objectifs qui à eux seuls déterminent un contenu et une pratique à adapter. Un peu comme une personne qui dirait « Je veux perdre 15 kg, mais je veux continuer à manger kébabs et autre malbouffe de type macdolnesque ». Délire schizophrène du runner qui veut boucler son marathon avec 2 footings d’une heure à 8km/h par semaine.

LES RÉSEAUX DANS TOUT CA ?

Poussé par ses posts STRAVIESQUE ou FACEBOOKIENS relayés par ses contacts des réseaux sociaux. Salué par ses collègues à la machine à café, il devient un Zatopek du percolateur! Un champion de la salle de pause, éventuellement le héros de ses proches. Ils ne manqueront pas de liker sa prochaine photo avec son t-shirt finisher au marathon de trifouillis les oies. Parce que « boucler un marathon en 6h44 Wahhouh ».

Notons que bien préparé il pourrait sans doute le boucler en 4h voire un peu moins. Mais cela imposerait trop de contraintes dans sa préparation d’exploiter son potentiel.

Le réseau devient dès lors un piège pour notre marathonien en devenir. Les réseaux seront utiles pour promouvoir votre club, votre association, ou une cause caritative qui vous tient à coeur. En revanche avoir un profil jeanrun77_off revendiqué « athlète » avec 16 followers et un RP exhibé en sub6 sur le dernier marathon de new-york ne s’impose pas. D’autant que l’on aura assisté par vidéos et selfies interposés à une préparation cahotique entre coup de blues et démotivation climatique.

POSONS NOUS  

Bon, soyons pragmatiques et relativisons 2 secondes.

  • Il est évident que son marathon risque de se composer d’une bonne partie de galère par manque de préparation.
  • Un risque de blessure, toujours par manque de préparation, voire un risque de se dégoûter ne sont pas à exclure. Notre finisher jusqu’au boutiste terminera vaille que vaille y compris blessé pour les 6 prochains mois, ça ajoutera à la légende. Ou bien passé le 21 ème km et malgré les pouces engendrés lors de la préparation…. Et bah le compte n’y est pas et la tête ne suit pas toujours la méthode Coué. Et l’on se retrouve confronté à l’abandon.
  • Se flageller de « ça va le faire » ne fera pas oublier le vide de sens de la préparation.

Au final notre runner bouclera sans doute péniblement et en marchant la majorité du temps cet objectif tel un one shot, juste pour dire « je l’ai fait » FINISHER. Néanmoins aux yeux de sa cohorte de followers, une pluie de pouces, cœur, « wouaaaaahhh », et autres be stronght viendront satisfaire son égo en mal de reconnaissance.

finisher….et tout le monde remballe…même le chrono.(Capture d’écran facebook)

RUNNING QUANTITÉ OU QUALITÉ ?

À titre d’exemple, cette année on a plus parlé du record du monde du marathon en talon. (NDLR : 6h04 contre 7h28 l’ancien record) Que du vainqueur en 2h07. Alors oui la petite dame l’a fait pour la bonne cause et les minots hospitalisés. Mais bon le vainqueur en 2h07 lui il fait vivre son village avec sa prime de victoire. Il s’emmanche dans les 160km par semaine d’entrainement. A-t-il moins pour autant de mérite au regard du temps réalisé ? 

Exemple récent au stade où nous nous entraînons, une jeune de 18-20 ans réalisait une séance de 150m à 22-23 km/. Un de nos coureurs remarque qu’elle « envoie du bois » et qu’il serait quand même compliqué pour lui de la suivre. Un autre coureur du groupe pensant avoir analysé la situation balance « Ouais mais toi tu cours 25 km pas elle »

  1. Aucune comparaison possible.  Les filières ne sont pas les mêmes.  
  2. Dis-toi bien qu’elle pourra faire ce chemin de la vitesse pour le long plus tard.
  3. Le fait de courir 25 km ne donne pas d’échelle de valeur supérieure par rapport à un coureur de 1500m.

Encore une fois le prisme kilométrique devrait nous transformer en héros des temps modernes. La quantité devrait prévaloir sur la qualité ?   

LE RUNNING ET LA PRATIQUE DANS TOUT CA ?  

Aujourd’hui on parle plus, des runners en savate, qui courent déguisé ou avec une plume dans le c.. que d’un coureur qui réalise un chrono, d’ailleurs ne demandez pas aux finishers ce que représente un 2h07 sur marathon, puisqu’on vous dit qu’ils se contrefoutent du chrono !!! Pour s’en convaincre on peut retrouver cet article

La FFA levait le constat suivant. De plus en plus de runners s’inscrivent sur les courses. Mais pour autant pas d’augmentation significative de la pratique en club. Évidemment que non ! Un club représentant pour les runners, des contraintes avec les jours et heures d’entraînements (oui même s’il pleut !)  Des conseils ou mise en garde du coach par rapport à un objectif. Ce qui n’ira pas forcément dans leur sens de runners autodidactes. Et surtout à l’encontre de leur vision de la pratique. Une confrontation directe avec les chronos et leur niveau de pratique actuel lors des séances de qualité. Bref tout ce qui fait qu’un coureur progresse avec cohérence et logique.

Alors non en running on ne peut pas se fixer n’importe quel objectif sans y adapter le niveau de pratique.

Et oui préparer un objectif, quel qu’il soit demande quelques sacrifices.